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21.6.16

To be finisher or not toubib.


Cap Nore : épilogue  
A la fin du dernier épisode, Hervé était mal en poings , malgré ses mitaines . A force de caractère impressionnant  , d'auto-vtt-persuasion et un petit passage au profil descendant,  les crampes ont disparues : ça s'arrose ! ( la pluie redouble ) et  tout le monde est saoul âgé ! Hervé reprend confiance , mais ça reste dur quand même,  d'autant  que le vent lui,  ne faiblit pas et le froid ne peut qu'augmenter avec l'altitude ( il fera 5° au Pic qui se trouve à 1800 m d'altitude )  .
Moi,  j'ai un gros passage à vide . Je sens que je n'ai pas complètement récupéré de la Granit Montana et ses 2300 m de d+ du dimanche précédent . Cette année avec les mauvaises conditions climatiques je me suis moins bien préparé et ça se paye cash . La forme n'y est pas et le moral en a pris un coup . On est à environ 5 kms du Pic de Nore mais le plus dur reste à faire et je la connais bien cette  dernière ascension finale : 500 m de d+ soit 10% de pente en moyenne , sans répit et avec des passages dans des champs sur le sommet avec de nombreuses ornières . Je me connais bien aussi et j'imagine déjà le chemin de croix . Lolo caracole en tête . Le pauvre, on lui a plombé sa moyenne . Il n a pas cessé de nous attendre à chaque petit replat ou aux bifurks ,  nous demandant malicieusement  à chaque fois si on ne voulait pas bifurquer sur le 80 ou le  100 : " ta gueule petit con lui répondait on en coeur "et on se marrait à chaque fois . Sales gamins ...  et on repartait de plus belle ! C'est chouette de rouler en petit groupe avec des copains ( c'est encore mieux quand il y  des copines ... car elles roulent moins vite , sauf quand c'est Hélène  ) .
On est pour la première fois depuis plusieurs heures à proximité d'une route goudronnée qui redescend dans la vallée et qui me fait de l’œil ( un peu comme les saucisses du ravito ) . Lolo est à  une centaine de mètres devant. Je l'appelle ,il fait demi tour, Hervé arrive juste  et j'annonce à la cantonade  que  je n'ai pas un canondale . Non, en fait ,   c'est un peu penaud  que je dis à mes compagnons de galère que je renonce et que je redescend par la route : je Cap itule , j'abandonne , je m'dégonfle ;  je ne le dis pas comme çà bien sur mais tout le monde sait que c'est ce que ça signifie   . Un petit malaise s'installe , Hervé me regarde un peu ahuri ( il ne veut pas se faire hara qui pleure  )  , Lolo sent bien que c'est la bonne décision. Je regarde Hervé et je vois que son cerveau mouline ( mieux que ses jambes ) . Que faire ??? il y a 1/4 heure la question ne se serait même pas posée car la réponse était évidente ,  mais là ça va un peu mieux . Est ce que ça va durer ?on a déjà fait 1300 de d+ mais il en reste quand même encore 500  pour le Pic et  encore 500 m   sur la Déval sans compter les 1500 de d- qui ne sont pas une mince affaire . Personnellement je suis en paix avec mon choix . Je sais que si je continue je devrais faire les 3/4 des montées en poussant et idem pour les descentes . La première année j'étais à peu près dans le même état et je m'étais entêté . Résultats des courses :  j'avais obtenu la gomette rouge qu'on nous colle sur la plaque au sommet du Pic , attestant qu'on pourra prétendre au statut de Finisher " mais dans la descente , par manque de lucidité et à cause de la grande fatigue j'avais fait une grosse chute qui m'avait coûté une côte fêlée , un sérieux torticolis et de la  casse sur le vélo. Et j'avais eu beaucoup de chance  ! J'aurais pu terminer à l'hosto avec le toubib en prime . Donc cette année ça sera : " not finisher .... but not toubib "  ( Sorry Gary ! )
Hervé est déchiré mais la décision ne tarde pas : " j'arrête aussi " dit il la mine déconfite , mon canard , comme dirait Frank !
On pense souvent que la camaraderie se caractérise par les moments de grandes joies , de déconnades etc... C'est vrai mais c'est  aussi dans les moments de peine , de solidarité qu'il se passe des moments forts . La scène a duré à " peine " ( c'est le cas de le dire ) 5 mn mais dans chacune de nos têtes les sentiments , les tiraillements , les craintes , les espoirs déçus , la volonté de se dépasser , se transcender se sont télescopés. Les regards interrogateurs allaient de l'un à l'autre . Pas un seul sourire, pas la moindre vanne de ma part pour détendre l'atmosphère. C'était un moment grave où se jouaient tellement de choses à la fois individuelles et collectives .
Le vététiste se fait toujours un point d 'honneur  à ne pas abandonner , à s'accrocher  ,  " à  dépasser ses limites ". Il existe même une certaine culture qui magnifie la souffrance , la douleur . " Sors toi les tripes ! " " je m'suis mis minable " ( prononcé avec fierté ) etc etc
Je ne partage pas cette philosophie . Je ne souhaite pas être un champion et même si comme tout le monde on a toujours à coeur de " prouver sa valeur "  chacun place le curseur différemment .
On ne fait pas la bise à Lolo mais le coeur y est . On lui prodigue nos encouragements , nos recommandations de prudence . Il est  triste pour nous et ça se voit , c'est sympa de sa part et son regard chaleureux nous réconforte . Nos chemins de croix se croisent . Il va terminer , on en est sur , c'est un guerrier ! On lui dit qu'on l'attend à l arrivée et qu'il prenne tout le temps qu'il faudra . Il mettra 7H 46 mn et quelques secondes ( franchement Lolo t'aurais pu te sortir les tripes pour faire 7h 46 mn pile poil , ça fait un peu désordre ces secondes de trop ! )
Et nous , nounou,  engageons sur le goudron d’habitude tant décrié  mais là, tant apprécié . 30kms de descente nous attendent  avec très peu de côtes  . C'est tellement long cette descente , que le cerveau a tout le temps de se poser des questions " on aurait peut être dû continuer ou au moins essayer de rejoindre la déval à mi parcours  " . On n'en finit pas de descendre à tout allure sur cette petite route gravillonneuse. Des kms interminables de descente ! On comprend mieux pourquoi on en a tant bavé pour monter ... presque ... là haut .  Nous repassons par Cabrespine . On ne se pose même pas la question  d'aller voir une des  plus grosses crottes du monde  ( j'espère que depuis hier vous êtes allés vérifier sur Wikipédia   que c'est bien vrai  ). On croise quelques vététistes traitres comme nous . On baisse la tête piteusement ...
A un carrefour  on fait la connaissance d'une vététiste engagée sur le 60 qui elle aussi à rebroussé chemin au même endroit que nous . Mais bon elle, elle  a une excuse , c'est une femme ... ( ouhla je sens que là je dérape, c'est à cause des gravillons , je vais m'attirer des ennuis ... ) Elle est de Béziers ( non non , pas de jeux de mots tendancieux ,  Alex ) On l'accompagne un moment mais bon elle ne roule pas bien vite et comme suite à cette rencontre peut être,  on a retrouvé nos jambes de 20 ans on se remet à pédaler vigoureusement et à " fendre "  le vent de face . Sur la plaine on double plusieurs abandonneurs et on retrouve nos bonnes habitudes complices  de rouleurs de nos sorties d'entrainement.  Sur environ 4 kms on envoie les quelques watts qui nous restent , comme pour se faire pardonner à nous mêmes et nous faire oublier le renoncement . Y'en a qui essaient de prendre nos roues mais Hervé ne se laisse pas faire car ses roues sont toutes neuves et inaugurées pour cette occasion, alors hors de question de se les faire piquer . On arrive épuisés : 55 kms au compteur et presque 6 h de sel,  certes sans poivre rouge .
On va direct au parking sans monter sur le podium . Pas envie de s'entendre dire par Eric  Davaine " ah , vous n avez pas la pastille rouge ?  ça été dur ? des crampes peut être ? et lui répondre :  non non on avait juste envie de faire 30 bornes de route en descente alors au lieu de monter en car comme ces faignants de vététistes de la Déval on s'est dit tiens on va monter la haut à travers la montagne comme ça on pourra manger quelques saucisses délicieuses et après on dévalera du gravillon .
On s'évite donc ce moment mais il faut quand même aller signaler qu'on est arrivé pour la sécurité et récupérer nos pièces d'identité , même si on préfèrerait rester incogni Toto. 
Une fois les vélos sanglés , les affaires rangées on va sur l aire d'arrivée pour faire un triomphe à Lolo quand il surgira sur le podium . Les finishers défilent . Y'en a déjà 20 qui ont bouclé le 100 bornes ( le premier mettra un peu plus de 7 h )  et on ne compte plus  ceux du 80 et du 60 . Le soleil a enfin fait  son apparition mais il n'est pas dans nos coeurs . On ne se dit rien avec Hervé mais je sais que tous les deux on rumine , surtout quand on voit passer sur le podium des mecs de nos âges et pire ... des nanas ;-))  Je déconne, je déconne ... non  non je déconne pas en fait . C'est dur de voir tous ses finishers : ils nous renvoient notre échec et maths ... ah , mais c'est donc çà , c'est peut être à cause de ma bosse des maths que j ai été en échec !  tout s'explique .
Lolo tarde un peu et moi je commence à cligner de l'œil . J'ai pas beaucoup dormi les 2 nuits précédentes alors comme il reste encore de la route avec un gros dénivelé sur des singles à péage je dis à Hervé que je vais aller m'allonger un peu dans le fourgon . C'est Lolo qui me réveillera et ça sera un grand plaisir de le voir , certes complètement vidé , mais radieux d'avoir finischer ... et fini d'en chier. Bravo Lolo , tu sauves l'honneur des Pourpres !
Pendant le trajet de retour Lolo nous racontera son parcours du combattant . On se remémorera les bons moments de ce week end . On ne parlera pas beaucoup de l'abandon même si ce n'est pas oublié . Lundi matin Hervé m'appelle et me dit : je suis super heureux de ces deux jours mais je regrette quand même de ne pas avoir continué,  quitte à faire tout à pied !
Il l a pas encore digéré cet abandon ! 
J'ai juste dit : oui  !  mais je n'en pense pas moins ...  qu'on a bien fait d'arrêter .
On se préparera mieux pour la 21 ième édition et si j'ai fait ce ... petit ... résumé c'est juste pour , malgré les apparences , donner envie à d autres de nous rejoindre l année prochaine . Çà  serait super de s'y retrouver à une dizaine avec certains sur le 40 d'autres sur le 60 et pourquoi pas pour les costauds sur le 80 ou le 100 . Certains l'ont déjà fait au club : Alex , Philippe C et probablement d'autres qui peuvent se dénoncer .
Ces randonnées qu'on appelle " longues distances " ou "  randos d'or " sont vraiment des moments exceptionnels où règne un climat particulier , une ambiance festive . Il faut juste bien se préparer et choisir un objectif adapté à ses capacités : repousser ses limites : oui ;   les dépasser : non . La différence est subtile mais parfois ...vitale
Dès cet été je proposerai de temps à autres des sorties longues dans le coin . J'ai déjà expérimenté un circuit sympa de 100 kms avec 1800 m de D+ (qu'on peut augmenter à la demande)
Avis aux amateurs !
Rassurez vous je ne posterai plus sur le blog  de pavés indigestes comme ceux ci . C'était exceptionnel ... comme ce qu'on a vécu , et ce pour relancer les sorties longues , lointaines mais pas trop  , et surtout : de caractère : de belles expériences humaines et sportives.
Lolo et Hervé vous donneront aussi leurs ressentis par le biais du blog, de facebook ou lors de nos prochaines sorties.



6 commentaires:

Anonyme a dit…

Brovo les gars vous avez tous donnés
GG

philippe gaultier a dit…

Chapeau bas MESSIEURS!!!

fred borderie a dit…

super sympa tes recits domi.. je suis fan,c est mieux que jean paul stephan!!!!
en tous cas bravo a vous trois

Guastavino Herve a dit…

Salut a tous... que dire !!!Passer après Domi est un exercice difficile ,je suis vraiment désarmé tellement le récit est précis et n’oubliant aucun détails...Effectivement ,ça sera pour moi et certainement pour mes deux compagnons un souvenir indélébile ;participer a la Deval Nore et la Cape Nore c'est participer au gratin des rando française avec une organisation au milimetre ,avec des bénévoles hyper motivés et heureux de nous avoir fait plaisir.Oui c’était dur ,oui le temps était épouvantable ,oui on a eu froid ,oui c’était très dangereux sur certaines portions, mais nous sommes pas prêts de l'oublier.Les organisateurs ont voulu corser la rando pour les 20 ans de la Cape Nore, mais ils n'avaient pas prévu ce temps pourri avec brouillard ,pluie et vent à décorner toutes les vaches du secteur.Je très satisfait de ma prestation de la Deval Nore du samedi ,me permettant des choses que je n'aurais certainement pas osé en temps normal ,mais je resterai frustré de ne pas avoir terminé la Cape Nore accompagnant Domi dans notre abandon.Je n'ai aucune excuse contrairement a la vaillance de Domi qui à participé d'une façon éclatante le dimanche précédent a la Granit Montana en y laissant des "plumes"..Manque de préparation ,un temps pourri empêchant de rouler les semaines précédentes ,bref....Je me suis donc juré de revenir l"année prochaine avec une préparation sérieuse et tenterai pour la peine les 80 km...Juré craché ,foi de président !...Je l'aurai un jour ,je l'aurai !! J'aimerai souligner la patience de mes deux potes m’attendant en haut des cotes les plus monstrueuses..Merci à toi Domi pour nous avoir servi de guide ,un sans faute de ta part et bravo a notre Lolo d'avoir représenté nos couleurs jusqu'à l'arrivée...Ça restera gravé longtemps dans ma mémoire comme une très belle expérience de vtt extrême,de souffrance et de résistance ...Des leçons a retenir pour éviter l’échec pour ce genre de rando ..

Djack a dit…

Tout est parfaitement résumé.....
Bravo les Gars.

Jacques L.

Pierre HERVE a dit…

Bravo à vous 3 qd même!!!!
Et merci domi de nous faire voyager avec tes romans!